Publié par : geraldinesyj | 17 mai 2010

La réforme de la Biologie Médicale vue par ses « initiateurs »


Pour le Syndicat de la Biologie Libérale Européenne (SBLE), l’essentiel est le service au Malade.

Interrogé par le mouvement « biologisteencolere« , le SBLE reconnait être l’initiateur de la révolution vécue par notre profession depuis la parution de l’Ordonnance.

Sur leur site est publié un texte « Le Pourquoi d’une Réforme » mettant en avant que la seule défense de la profession passe par l’utilité que le biologiste médical aura pour le patient et non pas par la défense corporatiste d’intérêts privés, capitalistique ou autres.

Jusque là, le SJBM approuve! 🙂 et propose de rebaptiser le SBLE en SBMLE (pour Syndicat de la Biologie Médicale Libérale Européenne).

Poursuivons notre lecture :

Le SBLE est le syndicat majoritaire en terme d’activité (pas en nombre de biologiste, nous vous laissons juger seul du profil des adhérents…) à l’origine de cette réforme dont la quasi-totalité de nos propositions constitue aujourd’hui l’épine dorsale. […] Il avait été fait, au cours des 10 dernières années des propositions de réformes “ à la marge “ permettant de donner un peu d’oxygène aux laboratoires et de desserrer l’étau de la réglementation (2 SEL à 10 laboratoires, libéraliser les transmissions, assouplissement des normes, supprimer les ristournes) – Mais le monde a changé avec l’apparition des holding, du démembrement et l’arrivée d’investisseurs. Ce programme de transition était devenu totalement obsolète en 2005. […] Nous avons alors proposé un Plan Global de Réforme pour la Biologie Médicale dès janvier 2.006. Ce programme a été largement repris par la commission Ballereau et constitue actuellement le socle de l’Ordonnance.

En voici l’essentiel :

L’état des lieux
La biologie médicale est certes encore florissante mais de nombreux problèmes existent :
• Il est indispensable que la biologie française apporte la preuve de la qualité des prestations avec une norme internationale et ne soit pas en position d’infériorité par rapport à ses voisins européens – De plus, l’accréditation est aussi une protection à l’entrée d’étrangers non qualifiés.

• Le biologiste médical doit ajouter une plus value intellectuelle par son rôle dans la prescription et l’interprétation du résultat. Ce rôle de consultant nous différencie d’une biologie industrielle purement technique.

• La conjoncture économique défavorable sur bien des points , modifie inexorablement le paysage :
– Persistance de la ristourne aux établissements de soins ce qui fragilise les laboratoires travaillant en clinique qui rendent pourtant un Service Public.
– Baisse chronique des tarifs (la 4ème en 4 ans plus celle déjà programmée de l’année prochaine) soit environ moins 25 % depuis début 2006 ( que des augmentations de volume ont dans certains cas pu compenser plus ou moins !…jusqu’à présent)

• Une réglementation contraignante reposant en grande partie sur des normes inutiles empêchant la ré organisation rationnelle indispensable depuis 10 ans.

Quatre axes :


1 – Pour le patient : accréditation obligatoire pour donner la preuve d’une biologie de qualité irréprochable pour le patient.

2 – Restructurer sur le fond une profession en majorité artisanale et micronisée (on croirait lire Le Figaro !!! 😉 …) donc non concurrentielle et peu apte à résister à l’érosion tarifaire. Donc :
– regroupement en plateaux techniques lourdement équipés
– laboratoires à sites multiples sans limitation du nombre de sites.
– transmissions libres à l’intérieur du laboratoire multisites.
– suppression des normes

3 – Les tarifs évoluant à la baisse, on ne peut que craindre une convergence avec les prix européens pour la partie coût analytique. La « nomenclature d’épicier » actuelle en complet décalage avec le juste prix des prestations qui ne prend pas en compte l’interprétation, l’urgence et les conditions d’exécution vient conforter la justification des baisses dues aux gains de productivité concernant la technique. La séparation de l’acte technique de l’acte médical devient indispensable ou nous serons obligés de faire de la biologie 5 étoiles à un prix permettant à peine de payer les frais !

4 – Le rôle de Biologiste Consultant est valorisant pour la profession et permet au biologiste français de prétendre à une rémunération séparée du coût technique en tant que rémunération de l’expert.

Pour conclure
– La réforme s’applique au Public comme au Privé , les deux secteurs devenant complémentaires et concurrentiels .
– Le nerf de la réussite réside dans une maîtrise intelligente des dépenses qui ne pourra évoluer que dans un accord gagnant – gagnant avec les Caisses.
– Le principal danger est “ la Biologie sans biologistes “ et ceci pour le bien du Malade. A l’heure où il nous faut innover et rester inventifs, le SBLE se veut aussi le porte parole de « l’Entreprise Laboratoire de Biologie Médicale « .

 

La rapidité de rendu des « tests critiques », seul véritable facteur limitant dans l’organisation des laboratoires?

Dans la revue du SBLE (disponible en téléchargement), nous pouvons lire qu' »outre les nouvelles règles du jeu incombant aux laboratoires multi sites, les biologistes ont l’obligation de garantir la permanence des soins et la communication rapide des résultats « critiques » dans le respect de l’Art 5.8.7 de la Norme IsO 15189 « La rapidité du rendu du résultat sera reprise dans les éléments d’accréditation de la Norme », cette obligation prévalant bien évidemment puisqu’elle est la source de l’organisation des soins autour du malade.

Les tests critiques sont définis par la nature urgente dans le processus décisionnel médical, indicateurs biologiques d’un pronostic vital nécessitant d’être communiqués immédiatement au clinicien. 

Ce délai critique se décompose ainsi :

T0 : heure de prélèvement ou de réception de l’échantillon, quelque soit le site / heure de prescription pour les intégristes de la profession

T1 : heure de prise de connaissance par le laboratoire du résutat alerte

T2 : heure de communication du résultat alerte par le laboratoire à un interlocuteur

– T3 : heure de prise de connaissance du résultat par le médecin (T3 = T2 si l’interlocuteur est le médecin)

Selon une étude (No need to Panic : Critical Values in your Laboratory, Wagar M.D)  auprès de 121 laboratoires américains :

– T3 – T0 = 143 min pour 10% des laboratoires (les plus lents)

– T3 – T0 = 70 min pour 50% des laboratoires (50%)

– T3 – T0 =30 min pour 10% des laboratoires ( les plus rapides)

La difficulté consiste à raccorder le délai supplémentaire généré par les sites transmetteurs lié :

– au stockage des échantillons biologiques dans l’attente du ramassage par le coursier

– au transport entre le site transmetteur et le plateau technique

Comme le précise ensuite la revue du SBLE, des études précises sont indispensables pour intégrer ce délai supplémentaire dans le respect de l’exigence de la norme. En admettant que l’extrême de la référence mentionnée soit 143 min (soit 2H30) soit « acceptable », elle pourrait constituer une base de réflexion. On estimerait à 1% le nombre d’examens critiques et ce sont « pourtant » eux qui vont guider les restructurations.

Dur retour à la réalité, la santé ne serait peut etre pas une marchandise tout à fait comme une autre…

Ce qui est néanmoins alarmant, c’est que la « base de réflexion » pour réorganiser la biologie française autour du malade (fut elle été un jour non axé sur lui…) soit le délai obtenu par les 10% de laboratoires américains les plus lents à communiquer des résultats relevant de l’urgence : soit 2H30 !! … sans compter les urgences qui seront acceptées par le biologiste du site de prélèvement, qui engagera sa responsabilité de praticien sans pouvoir garantir ni le délai de rendu, ni même le résultat dans la journée par le plateau executant.

La baisse drastique de la cotation des actes de la NABM et l’obligation légitime de gestion des résultats d’alerte auront pour corollaire des restructurations limitées par le facteur temps et la probable persistance de difficultés économiques.

La suite de l’article reprend exactement l’argumentaire de la campagne « Santé n’est pas à vendre » : la biologie médicale ne représente que 3% des dépenses de santé impactant sur plus de 70% des décisions cliniques. Il faut donc ne pas priver les LABM des ressources financières mais au contraire leur donner les moyens nécessaires afin qu’ils puissent démontrer, grace à la réforme, le rôle majeur qu’ils vont jouer dans l’amélioration de la qualité des soins et la réduction des couts de santé. […] Une concertation économique avec les autorités de tutelle doit s’engager afin que les LBM français, puissent exercer pleinement leur effet levier dans la Médecine moderne (là, il y a peut etre un lapsus involontaire : l’effet de levier étant économiquement parlant, la différence entre la rentabilité des capitaux propres et la rentabilité économique, lancez une recherche google pour vérifier).

A suivre dans un prochain article consacré à nos confrères du SBLE : « la charte des relations entre biologistes et investisseurs » : relation de type gagnant – gagnant, en toute loyauté et transparence, chacun des deux acteurs bénéficiant du savoir-faire de l’autre.

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Responses

  1. Article très intéressant et perspectives effrayantes :

    Toujours rien sur la médicalisation de la profession au profit d’une gestion essentiellement comptable…

    On jugera de la qualité d’un laboratoire à sa capacité à être accrédité (normes à 90% techniques, la compétence médicale passant en dernier) et à rendre les résultats rapidement.

    Pourquoi le SBLE n’a t’il pas proposé plus sincèrement la médicalisation de la profession en rémunérant l’interprétation d’un bilan par exemple?

    On aurait du commencer par ça, remettre le biologiste et ses connaissances au centre de la biologie.

    Le SBLE est tristement libéral et s’inscrit parfaitement dans la mouvance européenne pro-libérale actuelle au détriment de toute particularité nationale.

    Leur argumentaire repose essentiellement sur deux postulats :

    – que le B ne peut que baisser, ce qui conditionne toute la partie juridique et économique (regroupement obligatoire pour survivre etc..): c’est encore une fois admettre que notre métier se limite à son aspect purement technique, il est quand même plus compliqué d’interpréter un bilan biologique aujourd’hui qu’il y a 20 ans, ou est passé la reconnaissance salariale ?
    On pourrait tout à fait imaginer que nous, biologistes, désirions être rémunérés sur nos compétences personnelles et non sur le nombre de tubes que l’entreprise qui nous emploie est capable de passer en une heure.

    – que le système français est mauvais car artisanal…et que le seul gage de qualité d’un laboratoire est l’accréditation (on attend toujours une étude comparative, sur les CQN par exemple, entre labos accrédités et non accrédités)

    Cette réforme est avant tout une arnaque sociale (ça va tailler dans les effectifs et vue la conjoncture économique actuelle..), une arnaque économique (comme tous les réformes néo-libérales, ça entérine surtout la propriété du « capital »: ce sont les gros qui mangent les petits, et les nouveaux venus n’ont qu’a rentrer dans le rang), une arnaque intellectuelle (« toi être plus compétent car toi rendre résultats 5 mins plus tot même si toi pas savoir quoi veut dire »).

    Encourageant.

    Reste de la place sur les rails à coté des infirmiers anesthésistes?

  2. Analyse que je rejoins tout à fait. Merci pour ce commentaire très pertinent, Totsaki.

  3. De toute façon, la bulle de la biologie médicale risque rapidement de se dégonfler et d’imploser.

    La situation économique est catastrophique, tout neuf de ce jour :

    http://www.lepoint.fr/actualites-economie/2010-03-15/crise-de-la-dette-moody-s-l%20e-risque-de-degradation-de-la-france-se-rapproche/916/0/433743

    Prémices de :

    http://blog.mondediplo.net/2010-05-18-En-route-vers-la-Grande-Depression

    La revanche du travail.


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