Publié par : geraldinesyj | 2 mai 2010

Un master business santé dans notre école de santé publique nationale !?


L’Ecole des Hautes Etudes en Santé Publique (EHESP) basée à Rennes, dirigée par Antoine Flahault, médecin épidémiologiste de renom, a pour mission de former les futurs cadres supérieurs de la santé publique dont les directeurs d’hopitaux.

L’École nationale de la santé publique (ENSP) a été créee après la Seconde Guerre mondiale, ayant mis en marche de grandes réformes portant sur la protection sociale; le ministère de la Santé publique et de la Population décide alors d’assurer le perfectionnement des médecins, des pharmaciens et des techniciens de la santé sur des sujets directement médicaux mais aussi administratifs. La loi no 2004-806 du 9 août 2004 relative à la politique de santé publique créé la nouvelle école en tant qu’établissement public à caractère scientifique, culturel et professionnel, selon le statut des grands établissements du code de l’éducation. A cette fin, l’EHESP poursuit notamment la mission de l’ENSP d’assurer la formation statutaire de nombreux métiers du sanitaire et du social et l’élargit aux formations universitaires, à une recherche plus ouverte et à l’international.

Outre les nombreux masters proposés, dont un Master européen en santé publique (Europubhealth), labellisé Erasmus mundus, un Master « Pilotage des politiques et actions de santé publique » , en partenariat avec l’Institut d’Études Politiques de Rennes, un Master « Droit, santé et protection sociale, l’EHESP a annoncé il y a quelque mois le lancement d’un Executive Health MBA, profilant des cadres supérieurs se destinant à de hautes fonctions dans le management de la santé, en partenariat avec avec l’Ecole Supérieure de Commerce de Paris (ESCP-Europe) et la London School of Economics.  L’Université de Columbia de New York s’associe également au programme de formation, depuis la signature d’un partenariat privilégié avec l’EHESP en décembre 2009.

Voici un extrait de la plaquette descriptive de présentation :

Une formation dédiée au management en santé pour des gestionnaires, médecins ou non conduite par les plus grands leaders français internationaux

– Un contenu de haut niveau international (sciences de l’information, épidémiologie, santé environnementale, santé au travail, sciences sociales et des comportements de santé, politiques publiques de santé) ,se déroulant à Rennes, Paris, New York, Londres, Berlin et Madrid en 70 jours sur 14 mois.

La formation est sanctionnée par un mémoire,  thèse professionnelle soutenue devant un jury international.

Le cout total de ce master « bijou » s’élève à 15 000 euros TTC et n’accueille que 20 participants par an.

Ce programme a pour ambition de « construire une culture commune aux responsables gestionnaires, médicaux et soignants du système de santé, en fournissant à tous ces professionnels un socle partagé de concepts, de références et de modes de pensée », annonce l’établissement public dans un communiqué. 

Il s’adresse à de jeunes directeurs d’établissements publics ou privés ayant entre 3 et 10 ans d’expérience professionnelle, à des médecins s’impliquant dans la gestion de leur établissement ou de leur service, à des à coordonnateurs de soins et à des cadres dirigeants des entreprises de santé ou d’organisations internationales, européennes ou régionales. 

Cette formation rencontre déjà un vif succès, une première promotion vient de sortir en mars 2010.  La majeure partie de cette promotion était étrangère, certains étaient médecins managers sur le tard et désireux de consolider leurs bases théoriques et de confronter leur expérience passée avec leurs collègues sous le regard de leurs enseignants ; d’autres étaient managers de formation, envisageant de se confronter prochainement au secteur social ou de santé, étaient désireux de renforcer leur culture et leurs connaissances dans le domaine de la santé publique, et faisaient partager leur compétences dans le domaine de la gestion ou de l’économie.

Le Canard Enchainé, dans un récent article, s’inquiète de ce mélange des genres au sein de notre institution de formation publique aux métiers de direction des établissements de soin. Car ce master vise clairement le management de cliniques privées (dont la Générale de Santé) et a reçu un mauvais accueil lors d’une présentation officielle auprès des élèves et professeurs de l’EHESP, aux yeux de qui, le secteur privéde santé  a surtout pour vocation « de faire du fric« . 

Comment ca, pas d’éthique?

Sur le blog du même directeur de l’EHESP, Antoine Flahault, à l’origine de l’initiative de ce master santé nouvelle génération, on trouve un article très interessant sont voici quelques extraits.

Pour se draper dans une nouvelle vertu, les plus grands MBA mondiaux rivalisent d’initiatives. Dernière en date, le “serment d’hippocrate des managers”. D’après une récente étude auprès de l’actuelle promotion de la Harvard Business School, 59% des élèves déclarent qu’ils refuseront de prêter serment. Les défenseurs de ce serment arguent que si le milieu professionnel ne se prend pas en mains spontanément et rapidement, alors les Etats le lui imposeront, et expliquent à l’appui de leur thèse que de nombreuses autres professions très nobles prêtent déjà serment. Les détracteurs demandent pourquoi un un serment de probité et d’éthique serait nécessaire dans le milieu du business, « ni la liberté, ni la santé, ni l’âme ne sont généralement en cause dans les professions du business qui n’ont donc rien à devoir à Hippocrate ».

Les businessmen assermentés se conduiront-ils différemment des anti qui n’auront pas donné leur parole de probité ? La réalité est qu’aujourd’hui les classements des MBA dépendent essentiellement du gain de salaire réalisé entre le moment de l’admission au MBA et trois ans après l’obtention du diplôme. La logique qui prévaut chez les élèves des Executives MBA est bien de faire un saut dans leur carrière, mais un saut quantitatif, pas un saut qualitatif. Sinon, ils s’inscriraient plutôt dans les (trop rares) MBA du secteur social, comme l’Executive Health MBA. L’échelle des salaires dans le secteur social est plus que raisonnable et éthique (en France cette échelle entre le salaire maximum des managers des hôpitaux et le salaire moyen des personnels hospitaliers va de 1 à 5, pas davantage) : est-cela dont sont prêts les élèves signataires du “serment des managers” ? Si c’est le cas, alors on peut en effet considérer leur position, car le fossé qui sépare aujourd’hui le monde du business et le grand public ce sont d’abord les écarts de salaires insolents qui sont rapportés, de 1 à 200 ou à 400, et tous ceux qui sont – disons – supérieur à 20, comme le fixait le sage Peter Drucker (voir nos précédents billets à ce propos). Les MBA du secteur social apportent une formation éthique, solidaire, préoccupée d’abord du bien commun et de l’amélioration des conditions de l’homme. De nombreux hommes et femmes du business privé ont les mêmes préoccupations. De nombreux jeunes et moins jeunes sont soucieux eux aussi de l’amélioration des conditions de vie sur la planète, du développement social, de la croissance économique et durable. Lorsque les critères qui évalueront les MBA prendront en compte ces critères et seulement ceux-là, alors, peut-être remplaceront-ils avantageusement le serment d’Hippocrate des managers, qui à l’appui de la thèse des ultra-libéraux, mais pour d’autres raisons, ne sera plus vraiment nécessaire. Ils écriront sur leurs CV “je sors de l’Executive Health MBA de l’EHESP”, et cela suffira amplement pour garantir une formation éthique et solidaire pour le service du public !

A mettre en parallèle avec la déclaration d’une élève du master de la discorde, d’origine bolivienne-iranienne, non médecin, travaillant pour une ONG-santé en Suisse déclarant : “Avant même la soutenance de mon  Executive Health MBA, j’ai pu être recrutée sur un poste à forte responsabilité sur le secteur de la santé au World Economic Forum à Genève, à un haut niveau de salaire“.

La création de ce master pose donc de nombreuses questions fondamentales :

d’un coté la volonté pour l’EHSEP, comme le rappelle l’éditorial de son site internet, de mettre la France en position de leader mondial parmi les grandes nations dans le domaine de la santé publique, dans l’évaluation et la promotion de son modèle social et sanitaire dans le monde, promouvoir la formation des futurs professionnels de la santé, dont le rôle est de contribuer à un accès équitable à une meilleure santé dans un environnement plus vivable et plus durable.

– et d’un autre coté, l’évolution apparemment inéluctable d’un management de la santé, où la limite entre maitrise des couts, promotion de la qualité et développement d’un lucratif marché autour de la politique de santé, en lien étroit avec les formation dispensée par les écoles de commerce, apparait relativement étroite… et aisément franchissable ?

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Responses

  1. Un petit lien, déjà ancien mais ô combien révélateur sur l’efficacité des nouvelles techniques de management dans le domaine de la santé :

    http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/11871630?ordinalpos=16&itool=EntrezSystem2.PEntrez.Pubmed.Pubmed_ResultsPanel.Pubmed_

    Plus d’infos là :
    http://www.alencontre.org/TravailSante/SanteTrav05_07.html


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