Publié par : Thomas Nenninger | 2 février 2010

Privatisation de la santé: Réveillons-nous!


Luttons pour que tous soient gagnants! Récemment, nous avons discuté avec nombre de nos aînés qui nous ont contacté pour nous témoigner spontanément leur intérêt, et leur soutien dans notre lutte. Nous les en remercions.

Comme nous remercions les représentants d’autres professions, elles aussi menacées dans le fondement même de leur raison d’être (je pense bien sûr aux avocats, aux architectes, aux enseignants, aux commerces de proximité, et à tous les autres), qui partagent notre inquiétude et nous témoignent leur soutien.

Ils se reconnaissent dans les valeurs prônées par la jeune génération. Comme nous, ils pensent que l’avenir de la biologie médicale ne peut s’inscrire que dans une relation gagnant-gagnant avec le peuple français, avec nos patients. Toutes les discussion techniques, tous les arguments politiques, tous les conflits qui naissent autour de la vision de l’avenir de la biologie médicale et au-delà de la santé française ne peuvent masquer le seul but qui doit guider nos réflexions.

Nous parlons ici de la maladie, de la souffrance, de la mort. Nous n’avons pas de réponse à ce problème ontologique. Mais ce que nous savons faire, et ce que nous faisons le mieux, est d’alléger le fardeau de nos patients. Au fond, nous sentons que la grande majorité de nos aînés n’est guidée que par cet unique idéal. C’est un motif de joie, de satisfaction, et pour nous, quelque chose d’extrêmement rassurant.

Maintenant, de nombreux dossiers nous sont transmis qui montrent qu’une fraction parmi nos propres seniors choisit une autre voie. Anticipant les mutations à venir découlant de l’ordonnance, qui en adoubant une vision industrielle de la biologie médicale consacre pour la première fois la prééminence des considérations financières sur les considérations éthiques, ils font le choix de l’individualisme afin de tirer une nouvelle fois leur épingle du jeu. De même que les financiers qui tentent d’investir le système d’assurance-maladie solidaire, nous les combattrons sans concession.

Et ils le justifient par cet exécrable: « c’est humain… ». Peut-être est-ce considéré comme humain dans notre civilisation, mais ce n’est pas un argument recevable. Tout ce qui est humain n’est pas nécessairement justifiable, ni humaniste. Le meurtre est humain. Le génocide est humain. Tout le monde ne tue pas, tout le monde n’est pas guidé par le fanatisme et la haine de l’autre.

Claude Lévi-Strauss disait que les civilisations, notre civilisation, était « une réponse aux problèmes humains parmi les possibles, et qu’elle était loin de représenter la meilleure » 1 .

Rien n’est immuable. Nous pouvons changer les choses. Nous pouvons changer le monde.

L’un des grands cancers qui rongent notre civilisation actuelle est l’individualisme 2 2b, et son extension à une corporation, que l’on nomme « corporatisme ». Il est paradoxal qu’une société individualiste reproche à travers l’une de ses expressions les plus révélatrices, la classe politique, l’individualisme d’un groupe.

Mais notre débat, notre lutte, nos idéaux, sont justement plus élevées que le repli sur la défense des intérets d’un groupe dans lequel on tente de nous enfermer. Ne nous voilons pas la face, cessons de laisser la classe politique au pouvoir, mentir au peuple français à grand renfort de déclarations de bonnes intentions. Derrière le problème de la réorganisation de la biologie médicale, nous savons tous de quoi il est question. Il est question de la réorganisation du financement du système de santé solidaire en France. De sa privatisation. Comme d’ailleurs la dérégulation ultralibérale balaye les fleurons de notre société française dans d’autres domaines actuellement 3 . Les jeunes Médecins, Pharmaciens, Dentistes, sont entrés en grève en 2007 pour cela 4 . Pourtant, on peut les taxer de beaucoup de choses, mais certainement pas d’être de dangereux militants d’extrême gauche. Si nous en venons à cela, c’est bien parcequ’il y a une raison. Et cette raison c’est que nous aimons profondément la justice et la solidarité de notre système de santé, tel qu’il était depuis sa naissance.

On peut tenter de masquer ce fait en parlant de corporatisme, en pointant du doigt des exceptions érigées en autant d’exemples mettant en exergue les défaillances du système actuel (une erreur médicale tragique surmédiatisée comme le problème des radiothérapeutes – qui masque l’investissement exemplaire de la grande majorité de la profession-, un praticien peu scrupuleux pratiquant des dépassements d’honoraires, le refus des CMU par certains médecins…). Mais ce sont des sophismes. Des faux-semblants. En prenant pour point de départ la biologie médicale, qui remplit déjà son office de façon exemplaire, qui est l’objet de l’attention de tous les systèmes de santé au travers du monde pour l’efficience de sa prise en charge et la qualité du service rendu aux patients (un service qui ne se limite pas à une « prestation de service » mais est une prise en charge médicale globale), on remet en cause de façon scandaleusement détournée le système de santé français qui est le tout premier du monde à la fois en terme de qualité de prise en charge, mais également en terme de satisfaction des patients.

Le premier du monde. Mais pour combien de temps, dans cette remise en cause totale de ses fondamentaux (la solidarité, l’entraide, la relation privilégiée entre le praticien et son patient, l’éthique, la déontologie, enfin tout ce qui empêche la maximisation des profits pour les investisseurs entrants)?

Le pouvoir politique souhaite, sous couvert d’intentions louables, échanger un système qui nécessite certes des ajustements, mais dont les qualités immenses ne sont plus à prouver, en un système privatisé, libéral, qui a quant à lui déjà fait la preuve de ses limites et des injustices qu’il engendre. Nous avons tous en tête les dysfonctionnement et le coût exorbitant du système américain.

Notre civilisation a érigé en valeur princeps l’individualisme. Le chacun pour soi. L’hégémonie des « moi ». Ceci mène à l’existence d’une poignée de gagnants et d’un océan de perdants. Mais ce n’est pas une fatalité. Au sortir de la guerre, le général De Gaulle et André Malraux l’avaient compris, eux qui ont montré, en instaurant un système d’assurance solidaire dans un pays pourtant libéral, qu’il était possible de choisir une autre voie. Une voie dans laquelle chacun est gagnant. Et que c’est de la coexistence du meilleur de systèmes divers que naît la solution la plus exemplaire.

Ce monde, cette civilisation, doit sortir du paradoxe qui consiste à faire que la valeur individualisme aboutisse étrangement à une standardisation des pratiques, des aspirations, de la consommation. Chacun veut être différent, mieux, et tout le monde devient un consommateur identique, sans recul sur le système normatif qui l’incarcère.

Chacun pense pouvoir tirer son épingle du jeu. Et si quelques-uns le peuvent, la multitude en pâtit. Hors n’est-ce pas au monde politique de favoriser l’intérêt de la multitude face à celui de la minorité? Peut-être est-il bon de le rappeler.

Nous sommes actuellement, dans l’actualité, à la conjonction entre le débat sur l’identité nationale, et la révision des lois de bioéthique. Il est temps de réellement aborder la question de fond, et de faire émerger l’éthique comme l’une des composantes essentielles de notre identité nationale. Ce fut le cas après la libération. Et puis le naturel est revenu au galop, aboutissant à la crise actuelle. Crise économique liée à l’individualisme. Crise de gouvernance, démocratie des « moi » lié à l’individualisme. Crise des rapports sociétaux liés à l’individualisme. Crise de civilisation liée à l’ethnocentrisme, à l’individualisme. Insupportable érosion de la diversité culturelle mondiale, insupportables différences de chances (mais pas d’accès à la consommation…) des populations de notre planète liée à l’hégémonie d’une civilisation et de ses valeurs.

La réforme de la biologie médicale qui fait le choix de privilégier le monde de la finance sur la prise en charge de la santé du peuple français, sur la pérennisation de l’excellence de notre système de soins, sur le libre arbitre des professionnels de santé, sera certainement l’étincelle qui va enflammer le débat sur ce que sera la santé en France au XXIe siècle. Si elle ne l’est pas, cela en sera fini de notre système de santé.

En tant que professionnels de santé, nous ressentions, malgré les carences du système, malgré le manque de reconnaissance lié aux campagnes de déstabilisation orchestrée par le pouvoir politique dans les médias afin de préparer la transition vers un système ultralibéral de gestion de la santé publique, extrêmement fier d’être en mesure d’apporter nos compétences, notre éthique, nos qualités humaines au peuple qui est le nôtre.

Nous espérons de tout coeur pouvoir continuer à le faire à l’avenir. Mais pour cela, dans le contexte actuel de remise en cause de l’hôpital public auquel nos concitoyens sont pourtant très attachés (via la tarification à l’activité qui est une erreur monumentale en l’état -qui a fait passer plus de 50% des hôpitaux en déficit en deux ans comme le rappelait le chef de l’état dans un récent débat télévisé-), de convergence des activités public-privé, d’entrée des fonds financiers dans le domaine de la santé sans aucun garde-fou… Dans ce contexte actuel, où finalement l’on voit bien que l’on est en train de préparer une restructuration globale du système de santé qui permettra de le vendre « clef en main » aux investisseurs extérieurs, il va falloir que chacun se batte côte à côte afin que tout le monde en sorte victorieux et grandit. Le peuple français au premier chef, et ses soignants.

Il est temps de nous réveiller!

Soutenez-nous, diffusez ce message, et envoyez nous vos lettres de soutien. Vous pouvez également soutenir notre action en signant la pétition, et en nous envoyant un don (à l’ordre du SJBM, adresse proposée dans la section « adhérer »)

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